“A m’en donné”, cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit un petit article… Déjà, parce que je ne suis pas un littéraire et ensuite… parce que je n’avais pas grand chose à dire, ni l’envie…

Avec le 1er mai qui arrive, j’avais pensé faire un coup de gueule sur les réseaux… et finalement, pourquoi ne pas faire aussi un petit pamphlet (toute proportion gardée, évidemment !) en lien avec cette célèbre “Fête du Travail” ?

Pour les puristes, cette célébration du 1er mai prend racine à la fin du XIX° siècle où une vague de manifestations eut lieu aux Etats-Unis. Depuis, l’internationalisation de cette journée s’est développée, jusqu’à devenir adoptée en France, d’abord en 1941 puis reprise en 1947. Elle figure depuis dans le code du Travail.

Pourquoi est-ce que je parle du 1er mai ? Et bien parce que je suis photographe professionnel et tente donc de vivre de la photographie en tant que métier. Enfin “vivre” pas tout à fait, puisque comme certains le savent (mais beaucoup pas encore donc je me répète), j’ai un emploi à temps plein par ailleurs et la photographie n’est qu’un complément de revenu. Complément certes, mais cela reste un métier et il s’agit de l’honorer et de l’effectuer comme tel !

Job artistique: bientôt la fin d’un travail et début d’un esclavage du XXI° siècle ?

Alors certains diront que j’exagère mais les faits sont là… en tout cas pour la Province, même si je vois souvent des mannequins ou photographes se plaindre, même sur Paris. Aujourd’hui, les jobs artistiques (je vais juste parler de l’univers que je connais un peu mais je pense que nous sommes tous dans le même bateau) ne sont pas considérés comme des métiers à part entière… Payer pour un photographe, un mannequin, une maquilleuse est clairement obsolète dans l’idée du commun des mortels… ou en tout cas à son juste prix ! Quand j’annonce un tarif d’une centaine d’euros pour une séance photos, on me regarde souvent les yeux grands comme des billes… limite faudrait-il que je bosse gratis ! C’est valable pour les particuliers… mais quid des boutiques ou entreprises ? On “achète” le pseudo-blogueur de base ou la minette qui fait 3 photos dans son salon avec son téléphone avec 3 fringues et un bon de réduction pour économiser une campagne de pub ou payer low-cost… Tout ça pour gagner de l’argent sur le dos des ignorants ou des gens qui font n’importe quoi… Une vrai campagne ou lookbook c’est minimum 1000€ (et encore…)… donc donner quelques fringues produits en Chine à 2€, c’est quand même rentable !

Certains me diront que les petites entreprises ne peuvent pas faire autrement… Oui, nous sommes tous dans le même bateau et on fait comme on peut… mais je vise surtout les grandes entreprises qui n’hésitent pas à user de leur image pour user de ces modes de fonctionnement…

J’entends déjà certains qui se sentiront offensés “oui mais le mannequinat (la photo, le maquillage, etc) c’est ma passion donc je m’en fous de me faire payer”… Oui mais chérie, passion ne rime pas avec pigeon… et pendant que toi tu casses le métier de gens qui essayent d’en vivre… ceux qui tentent d’en vivre galèrent pour trouver des contrats rémunérés dans un tarif cohérent. Personnellement, lorsque j’ai acheté mon appareil photo, il ne m’est pas venu à l’idée de dire à mes amis de chez Canon : “bon les gars, moi petit photographe de campagne, je vais vous faire de la pub, si vous me donnez gratuitement un 5D Mark IV”… Je pense qu’ils se seraient bien marré… Et puis comme je dis toujours, oui la photo est ma passion, mais la passion s’arrête à partir du moment où les gens s’en servent pour me prendre pour un c** !

Je vais prendre un autre exemple, celui d’un mannequin… Le tarif “normal” pour un mannequin d’agence plus ou moins confirmé (hors droits d’images, VHR, etc.) se situe sur une base de 500€ à 700€ par jour. Quand on voit que certaines enseignes proposent des tarifs à 100€ voire 150€ par jour et que certains courent plus vite que Usain Bolt pour faire le job à ce tarif (que l’on peut appeler aussi foutage de gueule si on le souhaite)… Bref, oui on en sera bientôt tous à de la gratuité et donc comme je disais dans mon titre, à de l’esclavagisme.

En bref…

J’ai fait court cette fois-ci, mais si dans nos métiers artistiques, que l’on soit mannequin, photographe, maquilleurs, coiffeurs, vidéaste, styliste et j’en passe, arrêtons de nous tirer une balle dans le pied en proposant des collaborations gratuites pour nos projets commerciaux, des cachets ridicules pour un max de profit, des évènements (défilés et j’en passe) dans des lieux low-cost où personne ne gagne sa vie et j’en passe, et surtout arrêtons de nous “prostituer” à moindre coût pour travailler… Si tout le monde adopte une ligne de conduite cohérente, on arrivera tous à vivre de notre passion et non travailler ailleurs pour faire notre passion…

Bref, “A m’en donné”, si vous voulez que dans 10 ou 20 ans, le 1er mai soit toujours la Fête de NOTRE travail, agissons chacun à notre échelle pour qu’elle ne devienne par la Fête du Nouvel Esclavage 😉