La photo, vrai métier ?

Bonjour à tous ,

J’avais envie de faire une section blog sur le site afin de rédiger occasionnellement quelques billets d’humeur ou chroniques (à ma petite échelle bien entendu). Les orientations pourront être multiples et variées allant du simple « coup de gueule » au « reportage-découverte », en passant peut-être par des clarifications législatives permettant de renseigner ou éclairer certains points obscurs du monde de la photographie… Bref , espace ouvert ! Et comme je voulais qu’elle me ressemble un peu, j’ai décidé de la baptiser avec une expression qui me caractérise bien : « À m’en donné ».

 

La photographie, vrai métier ?

Selon le site internet du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), la photographie désigne  « l’ensemble des techniques permettant d’obtenir des images grâce à un dispositif optique produisant une image réelle sur une surface photosensible ». Nous allons nous intéresser à une définition qui s’apparente plus à notre cas de figure : « technique, art de celui (professionnel ou amateur) qui utilise l’ensemble des procédés permettant de prendre des images ».

La photographie est bien un art, couplé à des procédés scientifiques et techniques, qui permet d’avoir le rendu avec lequel nous sommes tous familiers. Et un art est un domaine complexe car, même si des codes ou des règles le régissent plus ou moins, il n’en reste pas moins ouvert qui offre autant de points de vue ou de manières de s’exprimer que de photographes, qu’ils soient amateurs ou professionnels ; il n’y a qu’à commencer par recenser des « cases » facilement identifiables dans notre vie quotidienne pour se rendre compte que l’on peut vite partir dans tous les sens : publicité, paysage, portrait… et à partir de là, je laisse chacun continuer sa propre liste !

Oui mais la photographie, est-ce un vrai métier ? Avant de répondre à la question, j’aurais plutôt envie de poser une question plus général : être artiste, est-ce un vrai métier ?

Et bien là encore, tout est une question de sensibilité. Bien que les mentalités évoluent : qui n’a pas entendu au sein même de nos familles quand nous étions enfants un échange du style : « Papa, quand je serai grand, je voudrai devenir X » (on remplacera X par musicien, peintre, dessinateur, acteur… photographe… etc.) et en réponse du père « Mon chéri, il faut d’abord aller à l’école pour apprendre un vrai métier, et tu pourras toujours faire X pendant ton temps  libre».

Alors, même si cet échange (simulé) en fera sourire certains ou tout simplement en bondir d’autres, voici une autre phrase qu’il m’arrive souvent d’entendre durant les échanges avec de potentiels clients qui n’est autre qu’une déclinaison actualisée du premier échange : « ah oui, mais je ne paierai jamais pour des photos, ce n’est qu’une passion pour moi », alors que la même personne vient de dresser les critères du commande (ou d’une demande de prestation, on appellera ça comme on veut)… Si certains apprentis boulangers seront peut-être heureux de faire des chocolatines (et non pain au chocolat… oui, restons sudiste !) gratuitement lorsqu’on leur en commande, je doute que votre boulanger traditionnel vous reçoive correctement si vous venez demander gratuitement une chocolatine !

Vient alors l’épineuse question du professionnel ou de l’amateur ? Autant donner une réponse: un professionnel est déclaré (numéro de SIRET, paie des charges,etc.) et est donc légalement autorisé à percevoir une rémunération pour toutes ses prestations. Tout autre cas est considéré comme amateur et n’est pas autorisé (en théorie…) à être payé pour quelconque activité (on ne pas parler de travail puisqu’un travail est censé être légal et donc… déclaré).

Bien évidemment, on va toujours me rétorquer « oui mais certains amateurs bossent aussi bien que des pros ». Cela est vrai dans tous les domaines que ce soit dans le bâtiment, la cuisine ou autre, mais dans tous les cas, l’un est dans son plein droit pour percevoir une rémunération puisqu’il paye des charges et l’autre non ! Un amateur pourra très bien avoir un rendu « pro » et un pro un rendu « amateur »… L’appellation n’était pas liée au rendu du travail mais à son statut juridique.

Percevoir une rémunération est donc lié au fait d’exercer une activité, aussi artistique soit-elle, et la photographie est donc un métier à part entière.

La seule différence qu’il peut y avoir avec un « vrai » métier (selon le commun des mortels) c’est qu’un métier artistique permet à celui qui l’exerce de tenter de vivre de sa passion et donc de cumuler sa passion avec un revenu. Chose qui est aujourd’hui un luxe, car finalement, peu d’entre nous peuvent revendiquer le fait de se lever tous les matins avec un large sourire en se disant que l’on va faire un métier qui nous passionne… Mais là encore, il faut savoir ne pas franchir la ligne rouge en passion et travail : quand on peut voir des photographes (amateurs ou pros confondus) faire des campagnes déguisées (communication faisant la promotion de produits, catalogues,etc.) ou couvrir des évènements pour lesquels les organisateurs récupèrent les photos de 50 photographes pour leur communication et tout ceci bénévolement bien évidemment, ne peut-on légitimement pas se poser une question simple : n’est-on tout simplement pas en train de se tirer une balle dans le pied en banalisant le travail photographique (en tant que business) en le vulgarisant dans une collaboration gratuite ? Je parle en tant que photographe mais même débat lorsque l’on voit des mannequins (encore faut-il qu’on puisse les appeler ainsi) lançant des appels à collaboration pour des marques juste parce que cela leur fait plaisir de voir leur visage sur des visuels…

Je laisserai à chacun le droit de se faire sa propre réponse, voire son auto-critique. Vous allez cependant me dire que je prêche pour ma paroisse, mais le débat est totalement le même pour tous les métiers liés à la photographie  (maquillage, coiffure, stylisme, mannequinat,etc.)… Encore une fois, libre à chacun de marmonner dans sa barbe puisqu’il y aura autant de cas et d’arguments que de protagonistes… Appliquons néanmoins ce point de vue à tout autre métier plus « traditionnel », et je pense que les avis seront beaucoup moins divers et variés… Tentez d’aller faire votre shopping en demandant à la boutique de repartir avec des poches pleines sans débourser un centime et demander une collaboration vestimentaire, en échange de gentils messages sur les réseaux sociaux… Tentez d’aller chez votre coiffeur préféré et de lui demander une coupe du cosmos gratuite… N’entendez-vous pas ce doux son de voix vous montrant la porte de la boutique ?

« À m’en donné » , j’ai choisi mon camp et pour moi la photographie, qui a d’abord été une passion, est devenue un métier, certes de complément, mais un métier. Finalement, à cause de son orientation artistique, la photographie souffre d’une ambiance floue et opaque: entre ceux qui bossent gratuitement, ceux qui pratiquent des tarifs bien en dessous de la réalité du marché et les autres, le côté professionnel est clairement galvaudé et c’est ce qui nuit le plus au milieu … Il faut néanmoins garder dans l’idée que tout travail (légal) mérite salaire et que tout a un prix.  Je vais donc clôturer mon premier billet d’humeur ainsi, en espérant qu’il vous ait plu, qu’il ait suscité un petit éclairage pour certains ou de nouvelles questions pour d’autres (n’hésitez d’ailleurs pas à m’en faire part, les questions les plus bêtes sont toujours les meilleures et je pourrai tenter d’y répondre, à mon petit niveau bien entendu) voire des remarques, n’ayant pas la science infuse !

Je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour une prochaine chronique qui sera peut-être moins engagée mais qui traitera de la nécessité de la photographie dans nos quotidiens, quelles que soient nos activités ou nos besoins, avant peut-être d’aborder d’autres divers plus variés.

2017-01-13T09:16:53+00:00